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Découverte de Chinon

Informations générales

Détail de l'annonce

Chinon est une commune française située dans le département d'Indre-et-Loire, en région Centre-Val de Loire. C'est l'une des deux sous-préfectures d’Indre-et-Loire (l’autre étant Loches). Ses habitants s’appellent les Chinonais.

Placée sur le cours de la Vienne, dans une position stratégique aux confins de la Touraine, de l'Anjou et du Poitou, dotée d'un éperon rocheux fortifié dès l'Antiquité, la ville, avec son imposante forteresse, a longtemps joué un rôle défensif clé. Chinon est une des places fortes favorites des Plantagenets. Jean sans Terre la perd au profit de Philippe Auguste, qui l'adjoint aux domaines de la Couronne de France. Siège de la cour sous Charles VII, lieu de sa rencontre avec Jeanne d'Arc, la ville ne quittera le giron royal que pour passer entre les mains du cardinal de Richelieu et de sa famille, qui la conservent jusqu'à la Révolution.

Enrichie par la culture de la vigne et le commerce du vin, la ville a trouvé, avec l'installation de la centrale nucléaire d'Avoine, un pendant industriel à sa traditionnelle activité agricole. Située à proximité des châteaux de la Loire, sur le détour de Vienne du circuit touristique Loire à Vélo, Chinon attire également de nombreux touristes. Depuis 2000, la ville fait partie de la section du Val-de-Loire inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l'Unesco au titre des paysages culturels.

Un peu d'histoire...
Romains et Gallo-romains
Dominant la Vienne, le plateau de Chinon finit en éperon, presque à toucher la rivière. Les hauteurs de la face sud de ce saillant escarpé abritent des habitations troglodytiques extrêmement anciennes. Très tôt, son extrémité ouest est fortifiée, probablement par les Gaulois, et sans aucun doute par les Romains. L'archéologie locale indique la présence à Chinon d'une importante agglomération gallo-romaine protégée par des défenses permanentes.

Avec Saint Martin de Tours († en 400 à Candes-Saint-Martin), la chronique chrétienne évoque la ville et ses alentours. C'est un de ses disciples, Saint Mexme (Maxime) qui fonde à Chinon un couvent de moines cloîtrés dont il est le premier abbé. Autour du monastère, la population se regroupe et Mexme doit faire construire un second lieu de culte : l'église Saint-Étienne.

En 845, Chinon est pillée par le chef viking Hasting.

Archevêques et comtes de Tours
Sous le règne de Clotaire Ier, l'épouse du souverain, Radegonde, se retirant du monde, suit les enseignements d'un ermite réfugié dans une des grottes du coteau de Chinon. À la mort du roi, la Touraine passe à son fils Sigebert. La décadence des Mérovingiens laisse la main libre aux institutions religieuses : les archevêques de Tours deviennent seigneurs de Chinon. Ils composeront par la suite avec les comtes de Touraine. C'est un d'eux, Thibault le Tricheur (en même temps comte de Blois et de Chartres), qui fait restaurer la forteresse de Chinon en 950. Sa fille Emma, épouse de Guillaume Fierabras, hérite de la ville, qui passe à son fils Guillaume le Grand, puis à l'oncle de ce dernier, Eudes Ier.

Chinon est alors impliquée dans les querelles suscitées par les vues de l'Anjou, expansionniste, sur les provinces voisines de Touraine et du Poitou. En août 1044, Thibault, comte de Touraine doit céder à son voisin angevin Geoffroy Martel, fils de Foulques Nerra, toutes ses possessions tourangelles, dont Tours et Chinon. À sa mort, Geoffroy Martel partage ses biens entre ses deux neveux : Geoffroy le Barbu reçoit la Touraine (et Chinon) ; son frère Foulques le Réchin, l'Anjou et la Saintonge. Luttant l'un contre l'autre, le second s'empare de l'héritage du premier, usurpation par la suite entérinée par un don du Barbu au fils du Réchin, Geoffroy Martel II. Celui-ci mourant sans postérité en 1106, son demi-frère Foulques (cinquième du nom) lui succède. C'est son mariage avec Sybille, fille du comte du Maine, qui lie cette province à l'Anjou et à la Touraine.

Chinon et les Plantagenets

Gisants d'Henri II et d'Aliénor d'Aquitaine à l'abbaye de Fontevraud.
Le fils de Foulques V, Geoffroy Plantagenet, épousant en 1128 Mathilde l'Emperesse, se trouve en situation de réclamer l'héritage de Guillaume le Conquérant, grand-père de la mariée. Il impose sa loi sur ses possessions françaises et réduit à l'obéissance la partie la plus turbulente de la noblesse locale. Il meurt en 1151 et laisse ses états à son fils Henri. Ce dernier épouse, en 1152, Aliénor d'Aquitaine, qui lui apporte le Poitou et l'Aquitaine. Deux ans plus tard, les hasards de la succession du trône d'Angleterre permettent à Henri d'accéder à la couronne royale. Son cadet Geoffroy, qui a reçu, à la mort de leur père, les places fortes de Chinon, Loudun et Mirebeau, doit par testament recevoir également l'Anjou, la Touraine et le Maine si Henri devient roi d'Angleterre. Ce dernier refusant d'appliquer cette clause en faveur de son cadet, Geoffroy fortifie les défenses de Chinon, Loudun et Mirebeau, puis s'attaque à l'Anjou. En 1156, cette lutte fratricide tourne à l'avantage d'Henri et son cadet doit renoncer à toutes ses possessions en échange d'une pension
En raison de la position stratégique de la ville, les comtes de Touraine, et après eux les comtes d'Anjou, ne confieront jamais Chinon à un de leurs vassaux et en conserveront toujours l'administration via des gouverneurs. Henri II en fait une de ses résidences favorites, répand ses bienfaits sur la ville et lui apporte la prospérité qui accompagne le train de vie d'une cour royale. La population augmente et une nouvelle paroisse, desservie par l'église Saint-Maurice, se développe sous l'escarpement que domine la forteresse. Les ponts sont renforcés, des digues construites, ce qui favorise le développement du faubourg Saint-Jacques sur la rive gauche de la Vienne. De nouveaux couvents sont fondés autour de Chinon. Chinon devient sous son règne une châtellenie royale de haute-justice couvrant Candes, Champigny, La Haye-sur-Creuse, l'Île-Bouchard, Saint-Épain, Azay, Sainte-Maure et Bourgueil

En 1169, préparant sa succession, Henri annonce à ses fils le partage de ses biens : à sa mort, Henri (dit le Jeune), l'aîné, recevra l'Angleterre, la Normandie, le Maine, l'Anjou et la Touraine ; à Geoffroy la Bretagne ; à Richard (dit Cœur de Lion), le Poitou et l'Aquitaine. Seul Jean, le dernier de ses fils, reste sans héritage (d'où le sobriquet de Jean sans Terre). S'ensuit une période de luttes où les frères, mécontents du partage, se confrontent et s'allient tour à tour pour défier leur père. En 1187, ses frères aînés étant décédés et Henri II étant entré en conflit avec le roi de France Philippe Auguste, Richard fait cause commune avec ce dernier contre son père. Bataillant, mais reculant sans cesse, celui-ci finit par se replier dans son château de Chinon d'où, malade et épuisé, il est contraint d'accepter, le 4 juillet 1189, la perte de toutes ses possessions françaises. Il meurt deux jours plus tard à Chinon, et son corps est enterré à l'abbaye Notre-Dame de Fontevraud.

Après sa mort, Richard lui succède. Pendant sa croisade et la longue captivité qui s'ensuit, sa mère Aliénor administre ses possessions françaises, séjournant tour à tour à Chinon, à Poitiers, sa capitale, et à Fontevraud. En 1194, quand Richard recouvre la liberté, c'est pour constater que son cadet Jean et le roi de France se sont partagé ses domaines. C'est en rétablissant l'ordre parmi ses vassaux qu'il est mortellement blessé, le 6 avril 1199, au siège de Châlus. Les récits divergent, mais une tradition indique qu'il aurait était transporté à Chinon où il aurait rendu l'âme.

Jean sans Terre succède à son frère et prévaut face aux revendications territoriales du jeune duc Arthur de Bretagne. C'est à Chinon qu'il épouse Isabelle d'Angoulême, le 30 août 1200. Il y séjourne à nouveau en juillet 1201, puis y revient en août 1202, accompagné d'Arthur, toujours insoumis, qu'il a fait prisonnier sous les murs de Mirebeau. Entre les manquements à ses devoirs féodaux vis-à-vis du roi de France et les soupçons de meurtre entourant la disparition d'Arthur, Jean se trouve dans une position intenable. Pressé de toutes parts, il perd ses places fortes une à une, Chinon tombant parmi les dernières, en 1205, après une année de blocus et huit mois de siège. Aliénor étant morte à Fontevraud en avril 1204, c'en est fait de la domination des Plantagenêts sur la Touraine

Chinon dans le domaine des rois de France S'étant rendu maître de Chinon, Philippe Auguste fait restaurer les fortifications mises à mal par le siège et l'assaut. Chinon devient pour lui une ville frontière, face au Poitou rebelle allié à Jean sans Terre qui n'a pas renoncé à ses titres. De campagnes militaires en trêves précaires et en traités rompus, le conflit s'étire jusqu'à la mort de Jean, en 1216, puis reprend sous Louis VIII et sous la régence de Blanche de Castille, qui s'opposent à la veuve de Jean et à son beau-fils, le roi d'Angleterre. C'est à Chinon que la couronne de France rassemble ses troupes, c'est là que le roi reçoit ses féaux, c'est de là qu'il lance ses expéditions militaires. C'est là qu'il reçoit la soumission de ses adversaires.

Sous Philippe le Bel, la forteresse de Chinon est utilisée comme lieu de détention. D'abord pour Robert de Flandres, qui y passe cinq années de captivité après avoir été capturé par traîtrise en 1300, puis, en 1307, pour les Templiers en provenance des commanderies locales, puis leur grand-maître et quatre de ses proches. Retenus à Chinon sur le chemin qui devait les conduire à une audience papale, ils y passent une année avant d'être transférés à Paris où ils sont mis au bûcher en novembre 1309.

Vers le milieu du xive siècle, les fortifications évoluent avec l'édification de la Tour de l'Horloge et d'une enceinte longeant la Vienne, de la porte du Vieux Marché jusqu'aux Halles. Les temps sont encore incertains et les Anglais, depuis leurs terres de Guyenne, cherchent toujours à reconquérir leurs provinces perdues. En mai 1370, le roi de France Charles V donne la Touraine en apanage à son jeune frère Louis, tout en se réservant Chinon comme « siège et lieu royal pour nos officiers que à ce établirons », à savoir un bailli des exemptions de Touraine, Anjou et Maine, installé peu de temps après à Chinon.

Charles VII et Jeanne d'Arc

Jeanne d'Arc présentée à Charles VII. Huile sur toile de Dominique Papety (1815-1849). Palais de Versailles.
En 1413, lors des affrontements entre Bourguignons et Armagnacs, Chinon est occupée par les premiers, délogés l'année suivante par les seconds. C'est dans cette période de troubles que la Touraine est donnée au Dauphin, le futur Charles VII, alors âgé de 14 ans, qui, fuyant Paris dans la nuit du 29 mai 1418, vient trouver refuge en Touraine. C'est de là qu'il va tenter de faire valoir ses prétentions au trône de France, contre les Anglais et les Bourguignons, au milieu de l'anarchie qui s'est emparée du royaume. Avec Charles VII débute une page d'histoire. Le Royaume de France est dans une situation très grave. Henri VI, roi d'Angleterre, revendique le trône de France et, pour ses opposants, Charles VII n'est que le « roi de Bourges ». En 1427, il installe sa petite cour à Chinon. L'année suivante, il y réunit les États généraux des provinces du Centre et du Sud encore soumises à son autorité. Les États dépensent 400 000 livres pour organiser la défense d'Orléans, assiégée par les Anglais et les Bourguignons.

Fin février ou début mars 1429, c'est à Chinon que Jeanne d'Arc rencontre le roi pour la première fois. Elle le persuade de lui confier l'armée qui va délivrer Orléans, amorçant ainsi le renversement des forces en présence pendant la guerre de Cent Ans.

Le long séjour de Charles VII laisse à Chinon des traces tangibles : le faubourg Saint-Jacques est fortifié, entouré de douves et dotée d'une porte formant tête de pont. Le faubourg Saint-Étienne est lui aussi clos de murs qui rejoignent ceux de la ville-fort, ainsi que le faubourg Saint-Mexme. Le roi fait construire les Halles (à l'emplacement actuel de la mairie), l'église Saint-Jacques et commande un clocher pour la reconstruction de Saint-Étienne, financée par trois riches marchands de Chinon.

Le départ de la cour
Après la mort de Charles VII (22 juillet 1461) et l'avènement de son fils Louis XI, la cour quitte Chinon, que le nouveau roi offre à sa mère Marie d'Anjou (8 octobre 1461). Le château et la cité sont placés sous le gouvernement de Philippe de Commynes. Il fait achever le portail et le clocher de Saint-Étienne et dote le château de la tour d'Argenton. La forteresse retrouve un temps sa fonction carcérale, quand Louis XI y fait enfermer et suspendre dans une de ses célèbres cages de fer le conspirateur René d'Alençon. En 1471, puis en 1481, la ville accueille à deux reprises Marguerite d'Anjou, épouse du roi d'Angleterre Henri VI, détrôné par le duc d'York pendant la guerre des Deux Roses. Après la mort du roi (1483) et sous la régence d'Anne de Beaujeu, Commynes tombé en disgrâce, est remplacé par M. D'Archiac et les logements royaux, utilisés ponctuellement, sont laissés à l'abandon.

La ville retrouve un éclat furtif en l'an 1498, quand le roi Louis XII y reçoit le légat du pape, César Borgia, venu lui porter la bulle de son divorce. Le roi se sépare alors sans regret de Jeanne de France, la fille de Louis XI. Il n'avait que 14 ans quand ce dernier la lui avait fait épouser. Une double bosse, la hanche coxalgique, un aspect simiesque expliquent le peu d'empressement de son époux durant les vingt-trois années de leur union. Quand meurt Charles VIII, Louis XII doit, selon le testament du défunt, épouser sa veuve Anne de Bretagne. Il a pour elle une vive inclination et ce nouveau mariage conserve la Bretagne à la couronne de France ; double raison pour que le roi célèbre par des fêtes magnifiques l'arrivée de la bulle libératrice

La Réforme à Chinon

Portrait de Louise de Lorraine, épouse d'Henri II, par François Clouet (1515–1572). Museum of Fine Arts, Houston.
Après avoir été attribués à Marie Stuart, puis à François, duc d'Alençon, la Touraine (et Chinon) font retour à la couronne. La Réforme fait de nombreux adeptes en Touraine et, dès 1560, un temple protestant accueille les fidèles à Chinon. Il subsiste, plus ou moins clandestinement jusqu'en 1567. La ville est à de nombreuses reprises mise en alerte, menacée, occupée tour à tour par le parti catholique et par le parti protestant. Certains membres de la communauté réformée de Chinon restent en ville pendant les troubles (privés de temple, ils vont prier à l'Île-Bouchard ou à Bourgueil), d'autres quittent Chinon, certains au péril de leur vie. En 1562, Jehan de Tournay, leur pasteur, est pris est noyé à proximité de Poitiers ; des dizaines d'autres subissent le même sort à Tours où le capitaine Antoine du Plessis-Richelieu, dit Le Moine, les fait jeter dans la Loire31. Pendant les troubles, l'épouse du roi Henri III, Louise de Lorraine-Vaudémont, est mise en sûreté à Chinon, où elle passe trois mois « dans une gêne pénible ». Elle y séjourne quand le roi est assassiné, le 2 août 1589. C'est également dans la forteresse que croupit, depuis le 23 décembre 1588, le cardinal de Bourbon (le « roi de la Ligue ») lorsqu'il est proclamé roi (sous le nom de Charles X) par le duc de Mayenne, après l'assassinat d'Henri III. Transféré à Fontenay-le-Comte, il y meurt le 9 mai 1590 ayant renoncé à ses prétentions au bénéfice d'Henri IV.

De Condé à Richelieu
Le 9 mai 1616, le prince de Condé vient en personne prendre possession de la ville et du château de Chinon, qui lui ont été concédés - avec le Berry, Bourges et un million cinq cent mille livres - pour amadouer le camp protestant après l'assassinat d'Henri IV. Il doit le rendre à l'automne, après avoir été arrêté, au nom du roi, pour ses menées subversives et son arrogance. À l'occasion de cette restitution, un inventaire rend compte de l'état d'abandon des bâtiments : la chapelle Saint-Martin est devenue un moulin, la chapelle Saint-Melaine un cellier, dans la grande salle du château, s'entassent matelas, traversins, couvertures et « draps très vieux ».

À l'issue des démêlés de Marie de Médicis avec son fils Louis XIII, la reine reçoit, en août 1619, le gouvernement d'Angers, des Ponts-de-Cé et du château et de la ville de Chinon (traité d'Angoulême) ce qui ne l'empêche pas de se révolter à nouveau contre le roi, avant que ses partisans ne soient dispersés aux Ponts-de-Cé, le 7 août 1620. Pendant cette période de brouilles, de réconciliations et de révoltes ouvertes, Armand Jean du Plessis de Richelieu, confesseur d'Anne d'Autriche, a servi d'intermédiaire entre les parties. Au sortir de la crise, il est nommé cardinal (1622) et entre au Conseil du roi (1624). Depuis 1621, il est propriétaire du domaine patrimonial de Richelieu, à quelques lieues de Chinon, où l'architecte Lemercier lui bâtit un palais. Il acquiert également les seigneuries de l'Île-Bouchard, de Champigny-sur-Veude et de Mirebeau. Déterminé à laisser sa trace sur le territoire familial, il lui confère toute une série de privilèges dont les Chinonais prennent ombrage et qui leur portent préjudice. Pour donner plus d'éclat à ses projets, il imagine de détruire les monuments qui pourraient en concurrencer la grandeur. Il fait raser le château de Champigny et parle, au Conseil du roi, de réserver le même sort à la forteresse de Chinon. Les Chinonais, par « humbles remontrances », font ajourner la destruction de leur château.


Louis François Armand de Vignerot du Plessis, 3e duc de Richelieu et maréchal de France (1696-1788). Artiste inconnu, d'après un tableau de Jean-Marc Nattier (1685–1766). Wallace collection.
Richelieu entreprend alors de s'en rendre propriétaire. Par une suite d'artifices, d'intrigues mesquines et de prête-noms, il parvient à ses fins le 23 janvier 1632, annexant la ville à son duché-pairie. Pour les Chinonais, qui ont toujours directement dépendu de la Couronne - et bénéficient, à ce titre, d'avantages et d'exemptions particulières - le passage de leur ville entre les mains du Cardinal représente une véritable régression. C'est à partir de cette date que la forteresse cesse totalement d'être entretenue et commence à tomber en ruines.

Chinon et sa forteresse vont rester dans la famille du Plessis-Richelieu jusqu'à la Révolution. Armand Jean de Vignerot du Plessis (1639-1715), 2e duc de Richelieu, petit-neveu du Cardinal, fait détruire la grande salle du château. Son fils, Louis François Armand de Vignerot du Plessis (1696-1788), 3e duc de Richelieu et maréchal de France, froisse les Chinonais en faisant poser à Saint-Maurice une litre portant ses armesNote 8,36. Son petit-fils, Armand Emmanuel de Vignerot du Plessis (1766-1822), 5e dernier duc de Richelieu, porte le titre de comte de Chinon. Émigré pendant la Révolution, il rentre en France en 1801, se voit restituer ce qui reste de ses possessions. Mais il n'a plus les moyens d'entretenir le domaine de Richelieu, le fait démolir et abandonne ses droits (par ailleurs en grande partie abolis) sur la ville et la forteresse de Chinon.

Pendant toute la période, les Chinonais contestent d'ailleurs régulièrement la nature exacte des droits des descendants du Cardinal sur leur ville. De remontrances en procès, ils font valoir qu'appartenant au domaine fixe de la Couronne, la propriété de leur ville et de ses divers bénéfices a toujours été inaliénable. Quiconque s'en prévaut ne peut le faire, selon eux, qu'à titre temporaire, et sous réserve de réversion à la Couronne. Ils reprennent d'ailleurs ces revendications dans les cahiers de doléances préparés pour les États généraux de 1789, dans lesquels ils demandent que « sa Majesté rentre dans ses domaines aliénés, à quelque titre que ce soit, sauf remboursement au possesseur du prix de l'aliénation, et ses domaines ne pourront plus être donnés qu'à bail et pour une durée qui n’excédera pas trente ans ».

Chinon et les possédées de Loudun
Le 18 août 1634, le curé Urbain Grandier est brûlé vif sur la place Sainte-Croix de Loudun, après un procès en sorcellerie qui a offert à une foule avide de sensations fortes, durant des mois, le spectacle obscène des possédées. Un certain Barré, curé de Saint-Jacques de Chinon et chanoine de Saint-Mexme, appelé à Loudun pour prêter main forte aux exorcistes, voyant le bénéfice qu'il peut tirer de la crédulité populaire, organise dans sa propre paroisse, à une échelle plus réduite, le même type de spectacle qui réussit si bien dans la ville voisine. Entre procès, accusations, interventions politiques et religieuses, il faudra des années pour lui faire cesser ces pratiques scandaleuses, auxquelles il ne sera mis fin qu'en 164040.

La vie municipale sous l'Ancien Régime

Limite de l’Anjou et de la Touraine, de part et d'autre de la Loire, sous l'Ancien Régime, au xviiie siècle.
Corps de ville
Sous l'Ancien Régime, la vie de la cité passe par le corps de ville. Un certain Jean de la Barre semble en avoir été le premier maire élu. En 1692, la charge devient vénale et héréditaire, précédant en cela toutes les fonctions municipales, jusqu'au plus modestes (comme l'emploi de concierge de l'hôtel de ville). Le maire et le corps de ville constituent la juridiction de l'hôtel de Ville et prennent fréquemment avis de leurs citoyens convoqués pour ce faire à son de cloche.

Le corps de ville tient le rôle des contributions et organise la surveillance des rues, des marchés, des auberges, des maisons qui menacent ruine, des attroupements, des approvisionnements, des réquisitions, de l'hygiène. Cette dernière est inexistante. Les habitations, mal exposées, sont entassées entre le pied du coteau et la muraille qui borde la Vienne. Les maisons qui la jouxtent s'y appuient, déterminant sous elles de longs passages voûtés où s'accumulent les ordures. Les cloaques vont à la Vienne, qui déborde régulièrement en contaminant les puits. Chaque année, des mesures doivent être prises pour faire face à une épidémie récurrente de fièvre (probablement typhoïde), qui décime la population et vient souvent à bout du personnel soignant.C'est à l'occasion d'un de ces épisodes morbides, le 27 août 1321, que 160 juifs et quelques lépreux, accusés d'avoir empoisonné l'eau des puits, sont jetés dans une fosse et brûlés vifs sur l'île de Tours.

Bienfaisance et éducation
La ville est bien dotée en établissements religieux et hospitaliers : deux maladreries (et ce depuis le xiie siècle), une à Saint-Lazare, une sur le coteau Saint-Mexme, le couvent des Augustins (xive siècle), celui des Capucins (1604). Des religieuses de l'ordre des Filles du Calvaire d'Angers sont installées à l'hospice (1626).

Des actes du xiiie siècle attestent de l’existence, dès cette époque, d'un Hôtel-Dieu accueillant malades, enfants abandonnés et vagabonds. L'établissement est alors probablement administré par la Collégiale Saint-Mexme, remplacée par un administrateur délégué du Corps de ville à la fin du xive siècle. Les bâtiments sont détruits par un incendie en 1637, et l'hôpital, devenu lieu de débauche, est totalement réorganisé. En 1638, trois religieuses de l’Institut des sœurs hospitalières de Loches s’installent à Chinon. L’Hôtel-Dieu n'est reconstruit qu’en 1641, dans des bâtiments situés à l’emplacement actuel du parking de la Brèche. À la Révolution, dépassé par l’afflux des victimes de la guerre de Vendée, il est transféré hors du centre-ville, dans le Couvent des Calvairiennes, récemment déclaré bien national et fermé. Le nouvel hôpital (devenu Hôpital Saint-Michel) accueille ses premiers malades en 1793.

Les Ursulines achètent une maison rue de la Parerie (1630), puis s'installent au faubourg Saint-Jacques. Les religieuses de Saint-Augustin soignent à domicile les malades indigents. Les dames de l'Union chrétienne suivent l'instruction des enfants. Celle-ci est par ailleurs généralement négligée. Au xviie siècle, plus de la moitié des habitants déclarent ne savoir signer. À partir de 1578, Chinon possède un collège royal. D'abord dirigé par un élu, il est confié en 1705 aux Augustins. Leur gestion laissant à désirer, il est repris par la ville en 1722 et s'adjoint d'une école pour enfants pauvres, le tout sous la responsabilité d'un prêtre. L'établissement est par la suite placé sous la responsabilité de l'archevêque de Tours, avant de devenir collège national en 1791.

Justice
Jusqu'en 1323, Chinon, ressortissant de la Touraine, applique la coutume commune des provinces d'Anjou, Maine et Touraine. Après cette date, la Touraine, séparée des deux autres provinces, développe un droit particulier, codifié en 1460 et réformé à plusieurs reprises jusqu'en 1559. Le bailliage de Chinon est créé en mai 1544 et couvre une centaine de paroisses. Il se voit adjoindre, en 1551, un présidial aux compétences restreintes et dont les procédures d'appel sont portées devant le présidial de Tours (celles du bailliage le sont devant le Parlement de Paris). Les juges prévôts, qui opèrent - avec quelques conflits de préséance - en marge de ce système, sont supprimés en 1749. Les justices seigneuriales, dont celle de la baronnie de Chinon, se superposent au bailliage et aux prévôts qui entendent, selon les cas, leurs procédures en appel.

S'ajoutent à ce dispositif, inextricable pour le justiciable, des juridictions spéciales : prévôt des maréchaux de France, juridiction du point d'honneur, juridiction ecclésiastique, juridiction du grenier à sel.

Chinon, ville de garnison
Située à un point de passage très fréquenté, Chinon est constamment traversée par des troupes et doit, comme de nombreuses municipalités, faire face aux dépenses et à l'embarras que représentent le cantonnement des soldats et, le plus souvent, leur logement chez l'habitant. Les délibérations du corps de ville reviennent régulièrement sur le sujet, les édiles essayant par tous les moyens d'éloigner d'eux ce qui est perçu par la population comme un véritable fléau, quitte à s'acquitter, pour lui échapper, de taxes parfois punitives. Lorsqu'il faut se résigner à accueillir un régiment, les dépendances des auberges sont réquisitionnées pour héberger les chevaux, les maisons inhabitées et les entrepôts vides pour loger la troupe. Lorsque les capacités de ces hébergements de fortune sont dépassées, les Chinonais doivent se résoudre à ouvrir les portes de leurs domiciles, ou bien à les abandonner aux soldats après y avoir fait place nette.

Loisirs
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La Vienne à Chinon : navigation et contrebande du sel
Navigable depuis Châtellerault, rejoignant la Loire à Candes-Saint-Martin, à quelques kilomètres en aval de Chinon, la Vienne est, de l'Antiquité jusqu'à l'arrivée du chemin de fer, un cours d'eau sur lequel la batellerie est très active, tant pour le transport de voyageurs que pour celui des marchandises.

En 1474, la « communauté des marchands fréquentant la rivière de Loire et fleuves descendant en icelle », qui défend la navigation contre l'ensablement, les péages, les moulins, les écluses et les abus, compte 35 délégués, parmi lesquels un représentant de la section (ou « détroit ») de Chinon. L'association, qui siège à Orléans, perdure jusqu'à la veille de la Révolution (1772) et Chinon y est représentée de façon continue, soit par des bateliers, soit par des marchands. Le détroit dévolu au procureur de Chinon s'étend d'abord de Candes à L'Île-Bouchard, puis de Candes à Châtellerault, incluant la Creuse. Toute la section est grevée de multiples péages seigneuriaux. À Chinon, les bourgeois obtiennent même, au grand dam des bateliers et de leurs commanditaires, le droit de prélever, parfois de force, des droits sur le vin, le drap et autres marchandises. Ces entraves au commerce fluvial sont levées en 1430 par Charles VII, qui révoque tous les péages mis, depuis soixante ans, sur les marchands de la Loire et des affluents. La corporation n'en doit pas moins continuer à lutter contre le retour de ces entraves. Elle défend ses adhérents, salarie des avocats, finance les travaux nécessaires, assiste les familles endeuillées par les naufrages, balise et nettoie le lit de la rivière, entretient le chemin de halage et les accès aux rives.

À Chinon, les rives de la Vienne offrent aux bateliers plusieurs points où ils peuvent accoster. Sur la rive droite, ils peuvent utiliser le port du Vieux-Marché (probablement le plus anciennement aménagé), celui de la Poterne, le port de la Halle (place de l'Hôtel de Ville), le port-Chardon (face à la Poste) et la Parerie (à l'emplacement actuel de la promenade du Dr Mattrais). Sur la rive gauche, ils utilisent le quai du Cheval Blanc et, surtout, le port Saint-Jacques, qui dessert le Loudunois et le Poitou.

La navigation se fait par train de bateaux, que mène la gabare-mère où loge le maître d'équipage. elle est suivie par le tireau (où loge l'équipage) et le sous-tireau. Un bachot, plus petit et indépendant, reconnaît le chenal et assure les relations avec la rive. La descente profite du courant. À la remontée, les voiles carrées sont gonflées par le « vent de galerne » (du nord-ouest). Les périodes de calme font la fortune des auberges postées sur les rives où les mariniers encalminés mangent, boivent et jouent aux cartes. Au pire, il faut se résigner à hâler le convoi, en utilisant le chemin entretenu à cet effet sur la rive droite de la Vienne. À Chinon, le passage du pont, dont seule l'arche centrale est alors franchissable, donne lieu à des manœuvres complexes et risquées, durant lesquelles il faut coucher les mâts. Sur une rivière capricieuse, et souvent mal balisée, la batellerie comporte des risques réels. Vers 1500, la communauté des marchands indemnise, en dix années, pas moins de 72 naufrages. Les annales conservent les traces des procès qui en découlent.

Jusqu'au milieu du xixe siècle, la batellerie fait vivre à Chinon des métiers annexes : charpentiers en bateaux, cloutiers (quartier Saint-Maurice), cordiers (faubourg Saint-Jacques) et forgerons. En 1869, au moment où se débattent les itinéraires possibles pour le chemin de fer de Thouars à Tours, le trafic est encore important : chaque semaine, le bateau des messageries Gambier assure un aller-retour Chinon-Saumur. Tous les mois, un train de bateaux, hâlé par le remorqueur à vapeur « Blanzy », remonte du charbon jusqu'à Châtellerault, puis redescend en hâte tandis que ses protégés chargent de la chaux et redescendent, seuls, au fil du courant. Au total, 262 navires accostent à Chinon chaque année pour y charger près de 6 000 tonnes de marchandises (vins, céréales, pommes de terre, osier, cendres). D'autres y débarquent le charbon de Blanzy, les ardoises de Trélazé, la pierre de Montsoreau, la chaux de Paviers, verrerie, quincaillerie, poissons fraisou salés, des pièces de bois pour la tonnellerie, du foin. Tributaire de la batellerie de Loire, celle de la Vienne ne survivra pas au déclin consécutif à l'arrivée du chemin de fer et à la déshérence des voies fluviales. Le dernier transport sur Vienne enregistré à Chinon (de la pierre de Montsoreau) date de 1912-1913.

Sous l'ancien régime, le transport du sel constitue une activité importante, tant par le volume que par les droits qu'elle génère. Les Chinonais, appartenant à un pays de grande gabelle et lourdement taxés à cet égard, ne peuvent pas résister à la tentation que représente le sel du Poitou voisin, pays de « franc-salé ». Pour lutter contre la contrebande, un « grenier à sel »est établi à Chinon. Sur le terrain, la chasse aux faux-sauniers (embarqués ou à cheval, en gros ou au détail) est menée par le capitaine des Gabelles, assisté de brigadiers, de sous-brigadiers et d'archers qui disposent leurs postes de contrôle le long de la rivière et inspectent les chargements suspects à la recherche de l'objet du délit. Descendant la Vienne, de nuit, depuis Châtellerault, les faux-sauniers payent parfois de leur vie leurs expéditions, de même que les gabelous et leurs auxiliaires, houspillés par la population et par les contrebandiers, et parfois même victimes du devoir.

Chinon de la Révolution à l'Empire
En 1789, deux Chinonais figurent parmi les douze députés du tiers état de Touraine. Pendant les événements, la population de Chinon, majoritairement favorable à la constitution de 1789, doit composer avec les accès de fièvre patriotique et révolutionnaire attisés par un petit nombre d'exaltés, tout en restant relativement épargnée par les violences. Le quotidien des Chinonais est marqué par l'inflation, les disettes, le brigandage, la vente des biens nationaux, la chasse aux prêtres réfractaires, la conscription et la traque des déserteurs. La ville vit au rythme des processions et célébrations organisées sans discontinuer par les zélateurs de l'ordre nouveau : fête de la jeunesse, de la souveraineté du peuple, des époux, de la reconnaissance, des laboureurs, etc.

En 1792, Chinon annexe les communes éphémères de Parilly, Saint-Louand et Saint-Mexme-les-Champs. Lors de la création du département d'Indre-et-Loire, Chinon devient sous-préfecture. Au cours de la période révolutionnaire, la commune porta provisoirement le nom de Chinon-sur-Vienne.

Sous la Terreur, la municipalité, sous la conduite de Chesnon de Baigneux, reste modérée et doit faire face aux fanatiques du District et du Comité révolutionnaire, ainsi qu'aux « buveurs de sang » (évoqués à plusieurs reprises dans le journal tenu par le sellier Bailly, un habitant de Chinon).

La proximité du front de Vendée inquiète les révolutionnairesNote 32. En 1793, la ville reçoit de nombreux détachements en route pour le front de l'Ouest. Tallien, représentant du peuple en Indre-et-Loire, séjourne à Chinon, du 9 au 20 mai, pour ranimer le courage des patriotes. Il y rassemble 5 400 combattants et y constitue une solide base militaire. Mais son contingent est éparpillé sur plusieurs fronts, et le sort des armes semble d'abord favoriser les insurgés : après avoir pris Thouars et Saumur, un détachement vendéen prend possession de Chinon, le 12 juin, sans qu'un coup de feu n'ait été tiréNote 33. Il y reste quelques jours, sans causer trop de dommagesNote 34, avant de se résoudre à la quitter pour participer à l'attaque contre Nantes59. Le danger écarté, les représentants du District et du Comité reviennent en ville où ils accusent la municipalité et les Chinonais de tiédeur et de lâchetéNote 35. Trois Chinonais, victimes de l'épuration qui s'ensuit, sont livrés à la guillotineNote 36.

L'offensive vendéenne ne s'arrête pas pour autant : les Blancs battent les Républicains à Vihiers et reprennent Saumur, provoquant une déroute qui ramène les troupes débandées à Chinon. Le 22 juillet, Tallien est de retour en ville pour rétablir la situation. Il y rassemble 6 000 hommes et finit par écarter le danger.

C'est dans ce contexte de guerre civile, en décembre 1793, que se déroule, à Chinon, un épisode sanglant : sept cents prisonniers, arrêtés comme « suspects » ou comme « brigands », arrivent de Saumur et sont répartis en divers endroits pour passer en ville la nuit du 3 décembre. Leur trajet a déjà été émaillé d'incidents sanglants. Le lendemain matin, un jeune homme de dix-huit ans, Le Petit, membre du comité révolutionnaire de Saumur, qui commande le convoi, en dirige une partie vers la route de Tours. Mais arrivé au pied de la forteresse, il fait aligner les quelque trois cents prisonniers confiés à sa garde contre la muraille et ordonne de procéder à leur exécution. Une plaque rappelle cet événement qui crée, à l'époque, une vive émotion chez les Chinonais60.

Sous le Consulat, puis sous l'Empire les principales préoccupations des Chinonais sont la guerre et les conscriptions incessantes qui alimentent les effectifs de la Grande Armée57.

Second Empire et guerre de 1870[modifier | modifier le code]
Comme à chaque changement de régime depuis la Révolution, les édiles accueillent avec enthousiasme le coup d'État du 2 décembre 1851. L'opposition au nouveau régime se concentre dans le corps des sapeurs-pompiersNote 37 et dans la société populaire « Le Bon Accord »Note 38, tous deux placés sous surveillance policière par les autorités61.

Pendant la guerre franco-allemande de 1870, l’Indre-et-Loire reste à l'écart des grandes bataillesNote 39, mais des milliers de blessés y affluent. Alors que Tours est le siège du gouvernement de la République, aux termes de l'armistice signé à Versailles le 28 janvier 1871, les Allemands sont autorisés à avancer jusqu'aux approches de Bourgueil, de Chinon et de Descartes. Les Français se retirent à dix kilomètres de façon à créer une zone neutre, défendue aux forces militaires. Dès le 2 février, le canton d'Azay est occupé par 400 hommes du 4e Uhlans et 500 fantassins du 91e régiment d'Oldenburg. L'occupation dure cinq semaines environ avec son lot de réquisitions, de vexations et de spoliations.

Première Guerre mondiale
En mars 1915, les conscrits du Chinonais contribuent - avec des recrues de Touraine, Anjou, Poitou, Berry et des hommes venant des régions envahies du Nord - à la formation du 409e de marche (409e RI). Les compagnies des 1er et 2e bataillons sont assemblées à Chinon en mars, celles du 3e bataillon à Azay-le-Rideau. De janvier à début mai 1915, près de 2.000 hommes sont ainsi cantonnés autour de Chinon (Saint-Louans, Les Closeaux, Noiré), mais également en ville (notamment dans la cour de l'auberge de la Treille). Leur séjour est marqué par des problèmes de coexistence avec les civils et de salubrité qui expliquent sans doute les épidémies qui vont retarder leur départ pour le front. Celui-ci doit avoir lieu le 7 avril, après regroupement des trois unités dans la région de Bourges, mais seul le 3e bataillon est en état de rejoindre Bourges. Les 1er et 2e bataillons partent finalement de Chinon le 7 mai, leur régiment devant former, avec le 408e R.I., la 303e brigade, rattachée à la 120e division. Sur les 3 220 hommes que comptait le 409e RI au moment de sa formation, il y eut 1 735 tués et 1 000 blessés. En 1918, il ne restait du régiment originel que 480 hommes. Les noms de cinq Chinonais morts au combat figurent sur le monument aux morts de la ville. Au total, la commune a perdu 173 de ses citoyens du fait de la Première Guerre mondiale.

Seconde guerre mondiale
L'invasion et l'occupation
En juin 1940, Chinon voit transiter des convois ininterrompus de réfugiés. Certains logent chez l'habitant, les autres campent place Jeanne d'Arc. Place Mirabeau, des marmites de bouillon et du pain leur sont proposés par la population. L'armée allemande arrive rapidement sur la rive droite de la Loire, à Port-Boulet. Face à elle, une dernière ligne de défense a été établie sur la rive gauche, entre Lignières-de-Touraine et Candes, tenue par des troupes rassemblées à la hâte : des éléments du 1er Cuirassier échappés de Dunkerque et débarqués à Port-Boulet le 14 juin, une compagnie de Saint-Maixent, des cadets de Saumur, des tirailleurs algériens et sénégalais, ainsi qu'un bataillon cycliste venu de Saumur. Les combats autour du pont de Port-Boulet durent trois jours et font de nombreuses victimes, avant que la ligne ne soit enfoncée le 21 juin à 2 heures du matin. Le jour même, à 8 heures du matin, Chinon est occupée et un général allemand se présente à l'hôtel de ville où il est reçu par le maire, le Dr Henri Mattrais. La ville n'a pratiquement pas souffert, le conseil municipal ayant dissuadé les militaires français d'y établir une nouvelle ligne de défense et de faire sauter les ponts lors de leur retraite. Avec l'occupation la coexistence avec les Allemands s'organise, sous l'égide du maire, du sous-préfet Paul Cay et de personnalités locales comme Auguste Correch, le proviseur du collège. Ensemble, ils négocient, temporisent et tentent d'éviter les confrontations avec l'occupant, tout en faisant face à la délation, au marché noir, au rationnement et aux provocations66. La déportation du Dr Pierre Labussière (mort au camp de Neu en gamme le 6 juin 1944) et de 34 autres Chinonais ne suscite pas de réaction visible dans la population. Seuls quelques habitants, dans la clandestinité, parviennent à sauver de jeunes Juifs. C'est ainsi que Jacques Caen, qui deviendra plus tard professeur d'hématologie, membre de l’Académie de médecine et correspondant de l’Académie des sciences, alors âgé d'une quinzaine d'années, est protégé par l'ancien directeur du collège, rue Hoche. De leur côté, Paul Girard (1904-1985), agent EDF, et son épouse Régine, née Guespin (1903-1985) sauvent Henri et Simon Muflasz, ainsi que Max Per.

La Résistance dans le triangle L'Île-Bouchard-Saumur-Richelieu
À partir de 1941 la résistance s'organise dans le triangle L'Île-Bouchard-Saumur-Richelieu, centré sur la forêt de Scévolles. Un groupe armé clandestin lié aux FFI est formé. Au total, vingt-cinq Chinonais rejoignent le maquis, et cinq d'entre eux, réfractaires au service du travail obligatoire, y trouveront la mort. Après le débarquement allié en Normandie, Claude Gros (« César »), officier aviateur de la France libre envoyé par le BCRA, est parachuté pour prendre le commandement des opérations de résistance dans la zone. Le 1er juillet 1944, le maquis de Scévolles est créé dans la forêt homonyme et placé sous le commandement de René Mabileau, un étudiant saumurois de 20 ans. À partir d’un poste de commandement établi au château du Grand-Parc, à Champigny-sur-Veude, des groupes armés se constituent sous l’égide de Mabileau. Les 13-14 juillet 1944, 4 tonnes d’armes et de munitions sont parachutées au lieu-dit « La Chapelle », commune de Lencloître, et acheminées vers la ferme Bouet, à Dandésigny. C'est là que se retrouvent les combattants et leurs chefs. Le maquis de Scévolles englobe alors les groupes armés de la région (sauf les Francs-tireurs partisans, qui conservent leur indépendance). Vers le 15 août, 13 groupes constituent le « bataillon » des maquisards de Scévolles, avec un noyau dur de 80 hommes formé par les corps francs mobiles de Saumur, Chinon, l’Île-Bouchard, la Haye-Descartes et Richelieu. Les parachutages d’armes s’intensifient. Elles sont acheminées vers la ferme Bouet, devenue plaque tournante du maquis. Le réseau s’illustre par des sabotages (5 août, sur la voie ferrée sur la ligne Paris-Nantes, au Pont de Boumois, près de Saumur) et des accrochages avec les forces allemandes (16 août, à la butte de Dandésigny ; 18 août, à Saint-Laon). Le 19 août, le « Groupe Richelieu », une section FTP de Saint-Jean-de-Sauves improvise une attaque à l’hôtel du Cheval Blanc, à Monts-sur-Guesnes. Le lendemain, vingt-cinq otages sont rassemblés par les S.S. et échappent de peu aux représailles. Le 20 août, le maquis s’installe dans un moulin isolé sur la Briande (commune de Le Bouchet), tandis que le PC s'établit au château de La Guérinière. À partir de la mi-septembre 1944, les maquisards de Scévolles rejoignent l’Armée de Libération, s'engageant volontaires pour la durée de la guerre sur le front de Saint-Nazaire. Regroupés en quatre compagnies et deux corps francs, les anciens de Scévolles forment le 6e bataillon du 125e Régiment d’Infanterie.

La Libération
Chinon héberge des casernements et des services administratifs nazis. Au no 66 du quai Jeanne-d'Arc, le commandement militaire allemand a investi les locaux de l'hôtel La Boule d'Or. Dès juin 1940, la rue Voltaire, les terrasses du château et le quartier des Justices sont l'objet de bombardement alliés qui font des dizaines de blessés. Avec le débarquement et l'avancée des Alliés, les bombardements s'intensifient. Les 13 et 15 juin 1944, le faubourg Saint-Jacques est visé et une douzaine de morts sont à déplorer. La gare est mitraillée, les 6 et 7 août, par l'aviation alliée.

Alors que Paris a été libéré le vendredi 25 août 1944, les Américains arrivent deux jours plus tard à Port-Boulet, Chouzé-sur-Loire. Les nazis installés dans la Kommandantur de Chinon s'enfuient. Le 28, les troupes allemandes reçoivent l'ordre de quitter la ville, mais, le 29 août, des militaires reviennent pour dynamiter deux arches du pont de pierre, ainsi que le pont du chemin de fer.

Le 30 août, Chinon et ses habitants retrouvent la liberté, l'envahisseur étant « parti sans avoir été chassé ». La commune a perdu 67 de ses citoyens (dont 22 civils) pendant le conflit.

Aire de stationnement :
CHINON
45 km SO de Tours
D749 - Centre commercial Super U - Station carburants
Latitude: 47.149983 ■ 47° 8' 60''
Longitude: 0.237735 ■ 0° 14' 16''

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